L'interminable et confuse polémique estivale sur la contribution climat énergie, alias taxe carbone, aura eu le mérite majeur de placer pour la première fois (et durablement ?) la question des
moyens d'action contre le changement climatique au coeur du débat politique français.
Bien sûr, l'opinion n'a pas encore pleinement pris conscience du fait qu'une politique efficace de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre implique de profonds changements dans nos
comportements et modes de vie. De ce point de vue, la déclaration d'Eric Woerth, pour qui "la taxe carbone n'est pas un impôt", mérite la
palme de l'hypocrisie. Le ministre du Budget aurait pu reprendre à son compte ce vieil adage des campagnes électorales : demander plus à l'impôt, et moins au contribuable.
Il faut cesser de tourner autour du pot et se rendre à l'évidence : la lutte anti-réchauffement exige un effort collectif, y compris sur le plan financier. Encore faut-il que celui-ci soit
justement réparti et que des alternatives soient proposées pour le chauffage et les déplacements, ce qui est tout l'enjeu de la complexe question des "compensations".
Pour le reste, la "taxe carbone" aura vu se liguer contre elle un improbable "front du refus", rassemblant Que Choisir, Ségolène Royal (reniant sa signature du Pacte de
Nicolas Hulot, dont la contribution climat énergie constitue la pièce maîtresse), Claude Allègre, des adeptes de la décroissance comme Paul Ariès, l'extrême-gauche, l'extrême-droite, sans oublier
certains députés UMP...
Face à cet assemblage hétéroclite, il faut saluer l'inlassable travail pédagogique de Nicolas Hulot, l'attitude responsable des Verts, du Modem et d'une partie du PS. Quant au gouvernement, ses couacs sur ce dossier sensible ne doivent pas faire oublier sa
réactivité et sa volonté de "faire passer" cette taxe, quand bien même, comme le suggèrent des sondages, elle serait impopulaire.