Commentaires et débats sur l'actualité de l'environnement et du développement durable

A l'époque, tout le monde l'appellait encore familièrement Bobby.
Sous le titre « The other side of the mirror », Columbia vient de sortir un DVD regroupant les trois apparitions de Bob Dylan au festival folk de Newport, en 1963, 1964 et 1965.
Un document exceptionnel, car il montre la totale mutation - musicale, mais même physique - du chanteur américain en l'espace de deux ans.
En 1963, Dylan est encore un jeune homme emprunté qui joue de la guitare acoustique et chante agement des titres engagés comme « Who killed Davy Moore ? » (repris en français par Graeme
Allwright).
En 1964, c'est un peu le même topo, mais il commence à se lâcher avec une version incendiaire, quoique toujours acoustique, de « Chimes of freedom » (qui sera repris bien plus tard par Bruce
Springsteen lors de la tournée pour Amnesty International en 1988).
En 1965, celui que l'on ne surnommait pas encore le maestro interprète d'abord l'après-midi deux titres acoustiques, « If you gotta go » et « Love minus zero ». Le changement est déjà notable car
les chansons politiques des années précédentes ont fait place à des ballades très personnelles.
Mais c'est le soir que Bobby devient vraiment Dylan en revenant sur scène avec un blouson de cuir et un groupe électrique, le Paul Butterfield Band. Le gentil folkeux timide s'est métamorphosé en
un rocker enragé. Ses versions plugged de « Maggie's farm » et « Like a rolling stone » divisent le public, en partie composé d'intégristes du folk. Selon la légende, Pete Seeger, révolté contre
le niveau sonore excessif, aurait même tenté de sectionner les câbles électriques !
Pour le rappel, Dylan revient pour jouer avec une guitare sèche « Mr Tambourine Man » et « It's all over now baby blue ». Mais le fantôme de l'électricité (voir ci-dessous) ne cessera plus de
l'accompagner et il nous livrera en quelques mois trois albums majeurs de l'histoire du rock : « Bringing it all back home », « Highway 61 revisited » et « Blonde on blonde ».
Ce 25 juillet 1965 ne constitue pas seulement une étape capitale dans la carrière de Bob Dylan. Car la brèche ouverte par le Zim va accélérer une autre mutation majeure, celle des Beatles, qui
passent en quelques mois de la pop talentueuse de « She loves you » aux sommets psychédéliques des albums « Rubber Soul » et « Revolver ». Les beatniks font place aux hippies. Ce soir-là, le rock
et la contre-culture ont fait leur première apparition publique. Sous les huées des folkeux, la plus importante mutation culturelle du XXe siècle vient de commencer...
« The ghost of electricity (howls in the bones of her face) » : une phrase mythique de « Visions of Johanna », sur l'album « Blonde
on blonde »