Riddle, l'énigme : dans « I'm not there », c'est le nom d'une petite ville de l'ouest américain. Todd Haynes, le réalisateur, aurait pu tout aussi bien baptiser son film ainsi. Car ce
long-métrage consacré à Bob Dylan pose autant de questions qu'il n'apporte de réponses sur l'un des artistes les plus déroutants de notre époque.
Le coup de génie de Todd Haynes, ce n'est pas seulement d'avoir fait «jouer» Dylan par six comédiens différents (dont une Cate Blanchett tout simplement
époustouflante). Il a aussi eu l'idée de construire autour de ses sept (l'un des acteurs revient deux fois) «incarnations» du Maestro un mini-film réalisé dans un style cinématographique particulier, correspondant à ce « visage » de Dylan. Ainsi, Jude Quinn, le Dylan psychédélique
interprété par Cate Blanchett, apparaît dans un noir et blanc influencé à la fois par « Huit et demi » de Fellini et « A hard day's night » de Richard
Lester. Tout au long du film, un montage astucieux nous fait passer de façon très fluide d'une histoire à l'autre.
Ce film, l'un des plus originaux de 2007, a le grand mérite de nous montrer que ces visages multiples ne résultent pas d'une démultiplication de personnalités, ou, encore moins, de choix
commerciaux successifs (comme un Hallyday passant de « Cheveux longs, idées courtes » à « Jésus Christ est un hippie »). Au fil du film, on voit se dégager la cohérence profonde de l'oeuvre de
Dylan, avec cette volonté permanente de ne jamais être là où on l'attend (« I'm not there »).
Il faut aussi saluer la qualité de la BO qui alterne originaux de Dylan (dont l'inédit « I'm not there », de la période Basement tapes) et reprises
parfois inspirées comme « Memphis blues again » par Cat Power ou « Knocking on heaven's door » par Antony and the Johnsons (d'autres étant plus plates ou anecdotiques).
Cependant, ce film pâtit d'un surdose de références risquant d'échapper aux spectateurs qui ne sont ni cinéphiles ni dylanologues. Et même ces derniers seront
déroutés par certains choix. Quelques questions parmi d'autres :
- pourquoi certaines personnes apparaissent-elles sous leur véritable identité (Allen Ginsberg), alors que d'autres sont dotés de pseudos plus ou moins transparents (Joan Baez
rebaptisée Alice Fabian) ?
- pourquoi l'épouse de Dylan, Sara (excellement interprétée par Charlotte Gainsbourg) est-elle française dans
le film, alors qu'elle ne l'est pas dans la réalité ?
- le Mister Jones de « Ballad of a thin man » est-il ce journaliste obtus et irascible que croque le film ? Ce personnage n'est-il pas plutôt (ou aussi ?) le symbole du « square » (terme US des
année 60, littéralement : esprit carré et obtus) qui n'a pas compris que les temps changent...
En résumé, comme le précédent long-métrage de Haynes, « Loin du paradis », qui revisitait avec talent « Tout ce que le ciel permet » de Douglas Sirk (on y reviendra à l'occasion d'un coffret DVD
consacré à ce grand réalisateur), « I'm not there » est un brillantissime exercice de style. Ce metteur en
scène surdoué nous livrera-t-il bientôt enfin une oeuvre totalement personnelle et originale ?
La lecture du livre de Bob Dylan avait réussi à me projeter dans un autre<br />
monde<br />
et quel monde !<br />
Merci pour cette critique de film-évasion...<br />
Sophie<br />
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