En cette saison des morts, le deuil est le thème principal de
plusieurs films.
Dans « La forêt de Mogari », de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase, un vieux veuf excentrique et une jeune aide-soignante qui a perdu un enfant partent ensemble dans les bois. Une sorte de
voyage initiatique qui, grâce au contact avec la nature sauvage, leur permettra de mener leur « travail de deuil ».
Dans « Secret sunshine », du réalisateur coréen Chang-dong Lee, Shin-ae (magistralement interprétée par Do-yeon Jeon, qui a bien mérité son prix de la meilleure actrice à Cannes) est confrontée à
la mort de son mari, puis de son fils, asssassiné après avoir été kidnappé. Elle croit trouver le salut dans une église protestante. Mais, venue pardonner au meurtrier dans sa prison, elle découvre
que ce dernier s'estime déjà sauvé par la foi. D'où crise (de foi), tentative de suicide... et difficulté pour le réalisateur de terminer un film parfois pesant.
Dans « Paranoid Park » de Gus Van Sant, un jeune skater tue accidentellement un garde sur une voie de chemin de fer. Confronté à des choix douloureux (se dénoncer ? en parler mais à qui ?), il
trouvera une issue en racontant par écrit son expérience. Porté par une bande-son exceptionnelle (où voisinent Nino Rota et Elliott Smith, le rocker nostalgique), ce film - le meilleur de Van Sant
depuis « Gerry » - nous fait vivre de l'intérieur dans l'angoisse existentielle de son «héros».
Enfin, dans « Les Promesses de l'ombre » de David Cronenberg, une sage-femme (Naomi Watts) tente de célébrer la mémoire d'une jeune prostituée russe morte en accouchant. Dans ce but, elle fait
traduire son journal intime... et se retrouve piégée dans une intrigue familialo-mafiesque passablement compliquée. Un long-métrage transfiguré par la
formidable interprétation de Viggo Mortensen (qui fut le "mauvais" frère dans « Indian Runner » de Sean Penn, film inspiré par la chanson de Springsteen «
Highway patrolman »). Ironie du sort, le maître du cinéma fantastique signe ici son film le plus scorcesien, hanté par les questions du pardon et du
double jeu. Mais les fans de «Dead Zone» ou « Videodrome » ne seront pas déçus, car « Les promesses de l'ombre », malgré un virage vers le classique, comptent quelques scènes typiquement
«cronenbergiennes». Comme cette incroyable bagarre dans le sauna, sommet d'un film passionnant même s'il ne les tient pas toutes (ses promesses).