Yves Frémion, écrivain et journaliste, membre des Verts depuis 1987, député européen puis conseiller régional, a publié récemment un livre passionnant et
irritant, «Histoire de la révolution écologiste», aux éditions Hoëbeke. Plus que d'une "histoire" au sens scientifique du terme, il s'agit en fait du témoignage d'un acteur engagé de
longue date dans ce mouvement. Son grand mérite est de resituer l'émergence de la mouvance écologiste au début des années 70 dans le contexte de la "contre-culture" de l'époque,
exprimée aussi par le mouvement communautaire, le féminisme, la libération sexuelle, la revendication du libre-usage de certaines drogues... Parmi les penseurs qui ont
inspiré l'écologie politique, Frémion souligne l'influence méconnue du géographe Elisée Reclus, de l'économiste Jacques Duboin, père de l'économie distributive, du libertaire américain Murray
Bookchin, auteur de «Post-scarcity anarchism», ou de l'écrivain Theodore Roszak, dont le livre «Vers une contre-culture » fut une référence. Plus classiquement, le rôle de Gorz, Illich, Ellul et
autres Charbonneau est à juste titre souligné. La suite du livre nous raconte, d'une plume alerte, l'évolution du mouvement, depuis les années Fournier (le fondateur de «La Gueule Ouverte», journal
où j'ai eu l'honneur de travailler) jusqu'aux actuelles «années confuses», en passant par les ères Lalonde, Waechter et Voynet. L'auteur, qui ne met jamais son drapeau dans sa poche, défend des
options «vertes plurielles». Hélas, son livre est bourré d'erreurs factuelles. Ainsi, je ne suis pas le fondateur de la revue «Le Courpatier» et Yves-Bruno Civel n'était pas sur le
bateau-mouche de la campagne Dumont en 1974. L'auteur aurait dû faire relire sa copie, par exemple, au sociologue Dominique Allan-Michaud, infatigable pilier du Réseau Mémoire de
l'Environnement, remercié au début de l'ouvrage, qui aurait débusqué la plupart de ses bourdes. L'histoire des Amis de la Terre et de Génération Ecologie, que Frémion n'a pas vécu de l'intérieur,
est le plus souvent caricaturée. Et les JNE (Association des journalistes et écrivains pour la nature et l'écologie) sont à peine cités, alors qu'ils ont joué un rôle décisif, sous
l'impulsion de Jean Carlier et aux côtés de Brice Lalonde et des Amis de la Terre, dans la genèse de la candidature Dumont. Au total, un livre très vivant, quoique partial et partiel, qui
instruira tous ceux désireux d'en savoir plus sur l'écologie politique, et qui complète celui, plus distancié quoiqu'aussi non dénué d'erreurs, de Roger Cans (membre des JNE) «Petite histoire du mouvement écolo en France»,aux éditions Delachaux et Niestlé.
L'éditeur Lionel Hoëbeke aura-t-il la bonne idée de nous sortir d'ici quelque temps une deuxième édition du «Frémion», corrigée de ses erreurs les plus flagrantes ?