Madame Marie vient de mourir à l'âge de 93 ans. Cette
diseuse de bonne aventure installée sur le boardwalk d'Asbury Park (New Jersey) avait connu la célébrité grâce à cette phrase de la chanson « 4th of July, Asbury Park (Sandy ) », sortie en 1973 sur l'album«The wild, the innocent and the street shuffle » :
« Well the cops finally busted Madame Marie for tellin' fortunes better than they do ».
Même si elle n'a bien entendu jamais été arrêtée par la police, Mary Castello avait cessé son activité depuis belle lurette. Mais sa cabane est toujours restée sur le front de mer. Plus récemment,
son arrrière-petite-fille Sally avait repris ce petit business familial.
Après les décès de Danny Federici et du journaliste Tim Russert, 2008 est décidément une année noire pour la "famille" springsteenienne
Suivre un concert de Bruce Springsteen dans le "pit" constitue une expérience pour le moins unique !
Pour les profanes, le "pit" est la section située juste devant la scène, réservée aux porteurs d'un bracelet (jaune au Parc des Princes) que l'on obtient en arrivant sur place plusieurs heures à
l'avance.
Une attente amplement compensée par le plaisir de voir le "Boss" à quelques mètres de distance, dans une ambiance passionnée, mais sans hystérie collective ni mouvements de foule intempestifs (les
fans, qui ont parfois ou presque l'âge de leur "idole", savent se tenir !).
Vu de "pit", le concert prend une dimension d'expérience participative. En une étrange imposition des mains, les spectateurs des premiers rangs touchent le chanteur, qui, régulièrement, s'avance
vers la foule via des sortes de jetées partant de la scène principale. Comme s'ils espéraient s'imprégner de son énergie positive ! Ces scènes sont repercutées à l'ensemble du public grâce
aux écrans géants qui, façon reportage, donnent à voir ces scènes étonnantes. Il y a indéniablement une dimension religieuse (mais ni autoritaire ni sectaire) dans la relation entre Springsteen et
ses fans, comme d'ailleurs dans l'ensemble de son oeuvre (voyez les textes de ses chansons !)
Participation aussi avec les panneaux de "requests" préparés par certains fans. Car, depuis le début de cette tournée, Bruce interprète chaque soir quelques titres à la demande du public. Bruce
choisissant selon l'humeur les morceaux qu'il va jouer (ce qui nous rapproche au passage de la démocratie participative à la Ségolène Royal, où les propositions des militants étaient filtrées par
l'équipe de la candidate !).
Cela nous a en tout cas valu, vendredi soir au Parc des Princes, deux raretés absolues, « Rendez vous » et «Janey, don't you lose heart » (chanson qui était justement en tête de ma wish list !),
ainsi qu'une superbe version, avec Bruce au piano, de « For you ». Sans oublier un « Fire » minimaliste mais énergique, marqué au démarrage par un incident (sur la 57e rue bien sûr !) comique
: le batteur Max Weinberg a cru que le titre retenu était « I'm on fire » et en a entamé les premières mesures, avant de stopper net !
Bien sûr, le son est parfois un peu approximatif (surtout au début) et le E Street Band n'a sans doute plus tout à fait l'énergie des années 70-80. Mais la set list (classiques, quelques raretés,
plus 5 titres rescapés de l'album « Magic ») est très plaisante. Avec - cadeau aux Français et surtout Françaises ? - une dominante romantique (« Rendez vous », «Janey, don't you lose heart », «
For you », « Girls in their summer clothes »...). Alors que les précédents concerts (Anvers et Milan) avaient été plus rock, avec des titres comme « I'm a rocker », « Stand on it » ou « Summertime
blues ».
En résumé, même si je comprends (le point d'observation changeant les résultats de l'expérience) que certains, moins bien placés, aient pu le juger moyen, un concert superbe, dont je garderai un
grand souvenir !
Dans une interview donnée au magazine Bass Player (juin
2008), Gary Tallent avoue « jouer quelque chose de différent chaque soir » lors des concerts du E Street Band. Le discret mais excellent bassiste, du groupe explique : « Nous avons plus de cent
chansons entre lesquelles choisir. Je ne serais pas capable d'apprendre toutes ces lignes de basse », qui changeaient souvent de toute façon entre l'enregistrement en studio et la scène. « Cet état
constant d'évolution est ce qui garde le groupe dans unn état de fraîcheur ».
Garry Tallent ajoute en riant : « J'avais l'impression que personne n'écoute jamais vraiment la basse, ce qui me donne une sorte de liberté ». Il indique que son morceau préféré du E Street est «
Point blank » et qu'il aime aussi beaucoup « It's hard to be a saint in the city ».
Une confirmation enfin : le groupe a enregistré assez de nouvelles chansons pour un album, mais aucune date de sortie n'est fixée.
Au cours d'un hommage à Tim Russert diffusé le 18 juin sur
MSNBC,
Bruce Springsteen a interprété - en direct d'Europe où il poursuit sa tournée - une très belle version acoustique de « Thunder Road ». Tous les détails en cliquant ici sur le site de Backstreets.
Avec cette superbe couverture (ci-dessus), le magazine rock consacre son dossier de juin à la « dernière tournée du patron ». Un titre qui prête à
confusion car « dernière » signifie à la fois ultime (la dernière séance) et plus récente (dernière édition). De plus, les articles ne portent pas sur la période actuelle, à savoir la deuxième «
jambe » (leg) de la tournée Magic, entamée depuis février dans les stades, mais sur sa première partie, qui, entre octobre et
décembre 2007,a emmené le E Street Band dans des salles d'Amérique et d'Europe.
Alors, cette "dernière tournée" offerte par Xroads sent-elle le réchauffé ? Heureusement pas, car le dossier est composé pour l'essentiel d'une série de compte-rendus, tous informés et passionnés,
de concerts de cette période, rédigés par des fans dont (pardon de ne pas tous les citer!) Roger Goulet, Cécile Fauveau, Jean-Louis Valdeyras, Mikael Ollivier... Ces textes composent une image
vivante et multiforme de la tournée. Ils nous en apprennent souvent autant sur leurs auteurs que sur les shows eux-mêmes. Tant il est vrai que la musique du Boss permet à chaque fan de se révéler à
lui-même et aux autres...
Le dossier est introduit par un texte très documenté d'Hugues Barrière sur l'engagement politique de Springsteen, que vous trouverez en cliquant ici sur son
site (mais que cela ne vous dispense pas d'acheter XRoads !). Qu'on me permette de ne pas être d'accord avec sa thèse d'une "rupture" entre la période antérieure à 2003, où le Boss aurait
été rétif à l'implication en poilitique, et les années suivantes, marquées par un engagement tous azimuts contre la guerre d'Irak, pour Kerry et aujourd'hui Obama...
Il est exact qu'avant 2004, Bruce n'avait soutenu officiellement aucun candidat. Mais, dès 1984, il avait exprimé son aversion envers Reagan, et toute sa carrière, au moins depuis « Darkness » en
1978, a été marquée par un engagement constant en faveur des laissés-pour-compte du rêve américain. Il est donc pour le moins excessif d'affirmer comme le fait Hugues que Bruce serait resté
"étonnamment silencieux" sur les questions politiques pendant 30 ans.
Il y a eu non pas une rupture, mais au contraire une continuité dans les positions de Springsteen. C'est le 11 septembre, la guerre en Irak et leurs conséquences sur les libertés publiques
qui l'ont poussé à prendre des positions plus tranchées. Ce qui a changé, ce n'est pas l'attitude de Bruce, mais la situation des Etats-Unis... et de la planète !
Au cours de son concert du 14 juin à Cardiff, Bruce Springsteen a
rendu un vibrant hommage à Tim Russert, journaliste politique de NBC, terrassé par une crise cardiaque à 57 ans.qui était l'un de ses plus vieux et fidèles fans. Cliquez ici pour lire (en anglais) le texte de son intervention.
Russert est mort sans avoir réalisé son rêve, confessé dans une interview en 2007 : recevoir Springsteen dans son
émission. En février 1974, alors qu'il était étudiant à l'université John Caroll de Cleveland, il avait organisé un concert de Springsteen, dont l'audience était alors confidentielle. Le succès
avait été tel que l'argent gagné lui avait permis de payer sa 2e année d'études...
Plus préoccupée sans doute par le remplacement de PPDA par Laurence Ferrari au 20 heures de TF1, la presse française semble avoir totalement zappé le décès de cette grande figure du journalisme
US. Tim Russert présentait la grande émission politique de référence du dimanche matin : « Meet the press ». Souriant et aimable, posant des questions sans concessions, soucieux du fond des
dossiers et non pas des soubresauts de la politique spectacle, il incarnait le journalisme politique américain dans ce qu'il a de meilleur : impertinence, sérieux, sens civique, souci d'explication
et de pédagogie.
Autant de qualités pas toujours partagées, loin s'en faut, par ses homologues français des rubriques politiques. Exemple, souligné il y a quelques semaines par Anne Sinclair dans le JDD : les
soirées électorales. Alors qu'elles sont dominées en France par des débats le plus souvent stériles entre hommes politique, celles des chaînes US sont avant tout consacrées à la présentation et à
l'analyse des résultats. Une formule que seule LCI, avec l'équipe de « Politiquement show » autour de Michel Field, propose dans notre pays.
Ci-dessous,
- le très émouvant hommage vidéo diffusé hier 15 juin dans « Meet the press », introduit par l'ex-anchorman Tom Brokaw, figure légendaire de la télé américaine, avec qui Russert présentait les
soirées électorales de NBC;
- et celui, au son de « You're missing », de la chaîne soeur (cadette) MSNBC.
Dès les premières mesures de « From small things (big things one day come) », titre rare que Bruce avait composé au début
des années 80 pour Nick Lowe, on a pressenti que le concert du E Street Band à Cardiff, le samedi 14 juin, serait exceptionnel. Un groupe très en forme (après 2 semaines de repos), un son
excellent (probablement grâce à la forme encaissée du superbe Millenium stadium), une setlist bien composée, un rappel époustouflant...
Bref, 2 h 55 de bonheur malgré un public gallois nettement moins enthousiaste (au moins en tribune) que lors de grands matchs de rugby.
Ce concert a été marqué par deux grands moments d'émotion : « Blinded by the light », précédée d'un hommage à Danny Federici (sous forme d'une histoire hilarante sur leurs démélés avec la police
dans leurs jeunes années); et un étincelant « Thunder Road », dédié à la mémoire du journaliste de NBC Tim Russert - mort il y a quelques jours d'une crise cardiaque - qui était un grand fan du
Boss (on y revient).
On n'oubliera pas de sitôt l'enchaînement exemplaire du rappel avec 4 classiques de la grande (la meilleure !) époque : « Jungleland », « Thunder Road », « Born to run », « Rosalita », avant
l'habituel « American land ».
Le montage vidéo ci-dessous (sur « Born to run ») donne une bonne idée de l'ambiance générale du concert.
Bernie, fan particulièrement déjanté, très sympathique au demeurant, est un habitué des trips de Badlands.
Le voici surpris en pleine action lors d'un des concerts de Bruce Springsteen à Londres !
La nuit dernière (3 juin), le discours de Barack Obama à St Paul (Minnesota) s'est terminé au son de « The rising ».
Voici la scène captée surYou tube.
Un discours qui confirme l'exceptionnel talent d'orateur d'Obama, mais dans lequel le style prime souvent sur le contenu.
Reste que l'accession désormais certaine d'un Afro-américain au round final de l'élection présidentielle américaine constitue incontestablement un événement politique majeur, non seulement pour les
Etats-Unis, mais pour le monde.
Ironie du sort : sa rivale Hillary Clinton, ayant peut-être constaté que Céline Dion ne boostait pas sa campagne, avait elle-même utilisé « The Rising » lors des primaires du Texas et de l'Ohio
!
Dans Libération de ce jour (4 juin), Bayon réussit une petite performance : consacrer un article - rudement bien écrit - à Bo Diddley, sans la moindre allusion à Springsteen.
Que cela ne vous empêche pas de lire son papier en cliquant ici !