20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 14:55

Au fil des nombreuses interviews radio-télé des candidats à la présidentielle, un mot n'a jamais été prononcé  :  Rio+20. Pourtant, cette conférence mondiale sur l'environnement, qui aura lieu à Rio en juin, sera l'une de toutes premières échéances diplomatiques du futur Président.

 

Une série d'entretiens mis en ligne le 17 avril 2012 par le site Actu-Environnement permet cependant d'y voir plus clair dans les positions des impétrants sur ce sujet crucial. Bilan : Eva Joly est la plus précise, suivie par François Hollande. Nicolas Sarkozy (seul à annoncer sa participation au Sommet s'il est réélu) et François Bayrou se cantonnent pour l'essentiel à soutenir la création d'une Organisation mondiale de l'environnement. Philippe Poutou et Nathalie Arthaud ne croient pas à l'utilité de telles conférences internationales. Jean-Luc Mélenchon, Jacques Cheminade et Nicolas Dupont-Aignan ne répondent pas précisément à la question posée et nous égarent avec de beaux discours. Quant à Marine le Pen, elle a carrément refusé de répondre, et, selon Google, ne semble pas s'être exprimée sur Rio+20.

 

Eva Joly, la candidate écologiste, plaide pour une attitude offensive de la diplomatie française : « Si je suis élue présidente de la République, je ferai tout pour que la France porte une voix forte au sein de Rio +20 aux côtés de ses partenaires européens car c'est un rendez-vous crucial pour l'avenir de notre planète. Il faut notamment que des objectifs clairs soient fixés à l'horizon 2022 et non 2030 pour dépasser l'idéologie de la croissance et du profit financier et que ceux-ci soient assortis d'engagements contraignants, afin que l'on puisse en assurer le suivi et l'évaluation. Un statut juridique pour les biens publics mondiaux et biens communs devrait également être créé, de même qu'une fiscalité environnementale pour l'ensemble des pays de la planète, une taxation des flux financiers dédiée à un fonds environnemental et bien sûr une Organisation mondiale de l'environnement (OME) sous égide des Nations Unies. Les décisions de l'OME seraient opposables à l'OMC afin d'influer sur le commerce mondial.
Si j'étais élue présidente, je mettrais également tout en œuvre pour appuyer la création d'un Tribunal international de justice climatique fonctionnant sur le modèle de la Cour de La Haye, ainsi qu'au sein de la Cour Pénale Internationale, une chambre spécialisée sur les crimes environnementaux. »

 

Toujours sur Actu-Environnement, Jean-Luc Mélenchon reste dans les généralités : « La France s'engagera pour de nouvelles relations internationales fondées sur le respect des souverainetés populaires, sur des coopérations mutuellement profitables entre les peuples, sur la primauté des normes sociales et environnementales sur celles de la finance et du commerce. La France impulsera les politiques de coopération scientifique et universitaire internationale par la mise en commun et le partage en libre accès des compétences et des ressources et par des budgets soutenants les missions internationales des chercheurs et enseignants chercheurs.

Nous agirons pour la souveraineté monétaire et financière des peuples, pour un commerce équitable fondé sur des normes sociales et environnementales exigeantes.»

 

François Hollande est plus précis que son concurrent du Front de Gauche : « Rio+20 doit être l'occasion de faire un bilan des progrès réalisés, identifier les enjeux prioritaires et établir un plan d'action. Je soutiendrai en particulier la création d'une Organisation mondiale de l'environnement dont le rôle sera, entre autres, d'uniformiser les normes environnementales au niveau mondial, de faire un bilan de l'état des ressources naturelles dans chaque pays et de lutter contre le dumping environnemental. Je porterai également un engagement fort pour l'économie verte, et une transition de notre modèle de développement vers beaucoup plus de durabilité et de solidarité planétaire. Les questions d'environnement et de développement durable pour tous doivent être liées.

Je réactiverai la solidarité internationale en plaçant l'eau au cœur des politiques de coopération et porterai, à la Conférence des Nations Unies à Rio en juin 2012, l'idée de créer une agence mondiale de l'eau.»

 

 

Nicolas Sarkozy affirme : « La gouvernance mondiale n'est pas encore totalement adaptée aux enjeux du développement durable. D'où la proposition d'une organisation mondiale de l'environnement que je porte depuis le début de mon quinquennat. J'entends poursuivre la promotion de cette idée à l'égard du reste du monde lors du Sommet Rio+20 de juin 2012, où je me rendrai dès la fin du sommet du G20 au Mexique des 18 et 19 juin, si les Français m'en donnent le mandat. »

 

François Bayrou indique : « je compte prendre la tête de la revendication pour la création, sous l'égide de l'ONU, d'une Organisation mondiale de l'environnement et d'une autorité internationale pour gérer le destin des océans et pôles ». Mais, sur son site de campagne, Rio+20 est inconnu au bataillon.

 

Marine le Pen est la seule à ne pas avoir répondu à Actu-Environnement. Selon le site Débats 2012, elle n'a pas abordé la question de la gouvernance mondiale de l'environnement.

 

Philippe Poutou ne croit pas à la conférence officielle, mais mise sur le contre-sommet : « lors du sommet Rio+20, il est nécessaire que s’expriment des voies contestant l’économie verte, enjeu officiel du sommet, qui n’est en réalité qu’un moyen de repeindre en vert le capitalisme et de favoriser de nouveaux secteurs de l’économiemondiale. La croissance verte n’est pas notre objectif. Nous cherchons au contraire à favoriser des alliances visant à assurer les droits des peuples, en particulier ceux qui sont les premières victimes des catastrophes climatiques et des politiques néolibérales. Un fonds mondial de solidarité pour faire face aux changements climatiques doit ainsi être abondé plus fortement qu’actuellement et sans ingérences des institutions monétaires internationales. »

 

Nathalie Arthaud est sur la même ligne que son concurrent trostkiste : « Depuis maintenant plusieurs décennies, les conférences internationales consacrées au climat ou à l'environnement se succèdent sans qu'il n'en sorte autre chose que de beaux discours, des vœux pieux ou des mécanismes inopérants comme le système des quotas d'émissions de CO2, voire de mesures qui se retournent contre la fraction la plus pauvre de la population en augmentant les taxes. Il en ira de même de cette conférence des Nations Unies pour le développement durable, dénommée "Rio +20" », martèle-t-elle en réponse à Actu-Environnement.

 

Sur ce même site, Jacques Cheminade botte en touche en attaquant le "catastrophisme climatique" : « La France doit défendre au niveau international ce que j'entends mettre en œuvre chez nous et en Afrique. Mettre hors d'état de nuire la finance folle de la City et de Wall Street me paraît fondamental pour mettre fin au pillage des ressources et la destruction de la biodiversité qu'elle engendre. J'observe un regain de l'activité solaire que je tiens responsable de certaines évolutions climatiques inquiétantes sur Terre. Faute de preuves solides, je reste assez dubitatif à l'idée qu'elles puissent résulter de la seule activité humaine et je combats ceux qui, sous prétexte environnemental, cherchent à répandre le catastrophisme climatique pour réduire la démographie mondiale au service d'une oligarchie. »

 

Enfin, Nicolas Dupont-Aignan ne répond pas non plus à la question posée par Actu-Environnement : « Une grande majorité des scientifiques soutiennent qu'il y a un réchauffement climatique du fait de l'activité humaine et des émissions de gaz à effet de serre. Quand on voit les conséquences potentielles de ce réchauffement, il est bien évident qu'il faut agir et négocier avec nos partenaires. En revanche le cadre général actuel de libre-échange intégral est très défavorable à la mise en place de normes. A partir du moment où les marchandises circulent totalement librement à l'échelle de la planète, c'est celui qui a les normes les plus basses qui gagne. C'est un système qui est complètement aberrant. Il y a des choses à faire à l'échelon européen : mettre des normes importantes aux frontières et pénaliser et taxer tous les produits qui ne sont pas fabriqués de manière soucieuse de l'environnement. »

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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