29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 10:52

A coup sûr, la crise économique, qui fait reculer les préoccupations écologiques (mais pas tant que cela, voir mon billet ici) et le vote utile contribuent en partie à expliquer le piètre score obtenu par Eva Joly au premier tour de l'élection présidentielle.

 

A l'évidence, cette élection n'a jamais été un terrain favorable pour les écologistes, qui n'ont dépassé la barre de 5 % qu'une seule fois, en 2002, grâce au très médiatique Noël Mamère. La responsabilité des journalistes politiques des télés et radios, qui ont peu interrogé la candidate sur les thèmes écologiques, doit aussi être reconnue.

 

Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le choix d'Eva Joly comme candidate (par réflexe anti-Hulot) n'a pas arrangé les choses. Sa connaissance récente et imparfaite des dossiers d'environnement s'est révélée à maintes reprises.

 

Je pense notamment à ce matin du 20 avril sur France Inter où elle a semblé ignorer que la ligne (contestée) à grande vitesse Lyon-Turin servirait non seulement à transporter des voyageurs, mais aussi du fret actuellement acheminé par camions.

 

Un manque criant de stratégie

 

Ce manque de crédibilité d'Eva Joly sur le "coeur de cible" environnemental a facilité la tâche de Jean-Luc Mélenchon, qui a pu ainsi vanter à loisir sa très creuse planification écologique.

 

Cela étant, les insuffisances d'Eva Joly (qu'elle a eu le mérite de reconnaître, chose rare en politique) ont sans doute moins joué dans ce revers que les positions d'Europe Ecologie-les Verts (EE-LV), tant sur le plan tactique que sur le "programme".

 

Tactique d'abord. En choisissant de conclure un accord avec le Parti socialiste six mois avant le premier tour, les leaders d'EELV sont apparus comme ayant succombé aux pires travers de la politique politicienne : l'échange de circonscriptions éligibles contre le maintien en service par le PS de réacteurs nucléaires que l'on continue de dénoncer vertement.

 

Une reculade qui a privé les électeurs d'une raison majeure de voter écologiste : faire pression, grâce à un score important, sur le(s) candidat(s) arrivé(s) en tête afin de le pousser à reprendre (au moins en partie) les propositions écologistes.

 

Un programme à la louche

 

Fond ensuite. Eva Joly n'a fait que reprendre un programme globalement sympathique, mais entaché par des exagérations. Je pense notamment à la promesse de création d'un milllion d'emplois dans l'environnement, alors que les études les plus optimistes tablent sur 700 000 postes au grand maximum. Je pense aussi à son affirmation selon laquelle la légalisation du cannabis permettrait de résoudre le problème du trafic d'armes dans les banlieues...

 

De même, ses positions "communautaristes" (jours fériés pour les juifs et musulmans, défense du port du hijab par les assistantes maternelles...) se situent dans la droite ligne de celles défendues par les Verts depuis de longues années.

 

Lorsqu'Eva Joly reprend à son compte une phrase de Nathalie Arthaud décrivant Gaza comme un "camp de concentration à ciel ouvert", elle ne suscite aucun froncement de sourcils chez ses amis (à l'exception de Laurence Vichnievsky), tant l'antisionisme est largement partagé chez les Verts. Un avis largement partagé à gauche, plus prompte à dénoncer les dérapages d'en face que ceux de son propre bord politique.

 

Hélas, loin de s'interroger sur leurs responsabilités tactiques et programmatiques, les leaders écologistes semblent se livrer à des calculs d'apothicaires : leur préoccupation semble être de "sécuriser" les circonscriptions que l'accord PS/EE-LV leur réserve. Et pourquoi pas de se placer dans la course aux portefeuilles ministériels.

 

Le renouveau attendu attendra : la plupart des nouveaux arrivés aux européennes de 2009 sous la casquette Europe-Ecologie semblent en effet marginalisés. Ce n'est pas comme ça que l'on prépare l'avenir !

 

Cet article a été publié sur le site le + du Nouvel Observateur.

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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Laurent 29/04/2012

Pour préciser ma critique au sujet de la phrase sur Gaza :

Au moins depuis "To Be Or Not To Be" de Lubistch, le terme "camp de concentration" évoque la Seconde Guerre Mondiale. Son emploi n'est pas neutre dans le contexte du conflit
israélo-palestinien.
En outre, le terme "camp" me semble excessif pour qualifier un territoire de 60 km dont il est possible de sortir via la frontière égyptienne (même avec des restrictions) depuis la chute de
Moubarak.
voir http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=479792

Laurent 01/05/2012

Toujours sur Gaza, on me signale cette mise au point (qui m'avait échappé) d'Eva Joly dans laquelle elle dénonce "toutes les comparaisons historiques injustifiables" et ne réemploie pas le terme
"camp de concentration". Son communiqué :
http://evajoly2012.fr/2012/04/09/les-amalgames-ne-servent-pas-le-debat/
Mais qui est responsable de l'"amalgame" qu'elle dénonce, sinon elle-même ?

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