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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 16:52

Cet article à propos du livre Main basse sur la Terre (éditions Rue de l'échiquier, 15 euros) du journaliste italien Stefano Libertia été publié sur le site de MediaPep's.

 http://www.unitheque.com/UploadFile/CouvertureM/A/9782917770542-main-basse-terre_g.jpg

D'un côté, des financiers avides. De l'autre, des paysans abusés. Telle est l'image schématique que l'on se fait trop souvent de l'accaparement des terres des pays du Sud par des sociétés issues de pays riches. Dans un livre passionnant qui vient de sortir en français, Main basse sur la Terre, le journaliste italien Stefano Liberti montre que, si le phénomène est massif (la superficie accaparée dans le monde depuis dix ans équivaut à quatre fois celle de la France métropolitaine), ses mécanismes sont plus complexes qu'il n'y paraît. Le combat n'est pas tant entre « bons » et « méchants » qu'entre deux conceptions de l'agriculture, l'une étant axée sur la production à grande échelle, le recours aux engrais et aux pesticides et les investissements financiers massifs, l'autre plaçant les petits paysans au centre du dispositif.

 

Pour écrire ce livre qui se lit comme un roman, Stefano Liberti a longuement enquêté sur le « terrain ». Son reportage nous emmène d'abord en Ethiopie, où des investisseurs étrangers, notamment indiens, pratiquent des cultures souvent sous serres pour produire légumes, roses ou agrocarburants destinés à l'exportation. Les pas de Stefano Liberti nous transportent ensuite en Arabie Saoudite, où des businessmen achètent des terres dans des pays comme le Soudan afin d'assurer l'approvisionnement alimentaire de leur pays peu fertile. Le voyage se poursuit à Genève, pour un colloque d'investisseurs en agriculture, dans le Middle West américain, en proie à la fièvre de l'éthanol, au Brésil, patrie de l'agrobusiness, et enfin en Tanzanie, nouvelle frontière annoncée des agrocarburants.

 

Tout en étant convaincu que le « land grabbing » constitue une forme de « nouveau colonialisme », Stefano Liberti n'en donne pas moins la parole aux hommes d'affaires impliqués. A sa surprise, beaucoup d'entre eux se disent convaincus d'oeuvrer non seulement pour leurs intérêts financiers, mais pour nourrir la planète. Un discours où entre à coup sûr une bonne dose de « greenwashing », mais qui mérite d'être écouté. Au passage, Stefano Liberti conteste le « mythe » des achats massifs de terres d'Afrique par des entreprises chinoises.

 

Plus nuancé que ne le laisse supposer la couverture caricaturale de l'édition française montrant des doigts crochus ratissant des sillons de terres arables, ce livre très documenté (malgré un manque sur les activités des firmes françaises dans ce secteur) s'impose comme une référence incontournable. Ainsi que le souligne dans sa préface Luc Lamprière, directeur général d'Oxfam France, Main basse sur la Terre a vocation à servir de guide pour l'action des ONG internationales sur ce sujet capital. Mais son style enlevé et clair en fait une lecture enrichissante pour tous les publics...

 

 

 

 

A voir

Le documentaire Planète à Vendre, récemment diffusé sur Arte

http://www.arte.tv/fr/planete-a-vendre/3758592.html

 

A lire

Un article du site Basta sur les groupes français champions de l'accaparement des terres

http://www.bastamag.net/article2688.html

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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