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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 09:43

Il est de bon ton (y compris du côté d'Eva Joly et de ses amis) d'expliquer par la crise, qui aurait fait reculer les préoccupations d'environnement dans l'opinion, la quasi-absence de l'écologie dans la campagne présidentielle. Une lecture attentive du récent Baromètre de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) sur la perception des risques et la sécurité conduit pourtant à nuancer cette analyse.

 


 

Certes, en 2011, seuls 21 % des Français placent l'environnement en tête des risques qu'ils redoutent, contre 31 % en 2010. Mais l'IRSN précise :  "D’autres questions du Baromètre montrent aussi la sensibilité persistante des Français lorsqu’on aborde des problématiques précises affectant leur environnement. Ainsi, environ 60 % jugent les risques liés aux pesticides élevés, tout comme ceux liés aux pollutions des lacs, des rivières et des mers, de l’air ou des sols."

 

Autre preuve de l'intérêt persistant des Français pour l'environnement : selon un sondage réalisé les 2 et 3 mars par Ipsos-Logica Business Consulting pour Le Monde, France Télévisions et Radio France, 62 % d'entre eux jugent que l'on "ne parle pas assez" d'environnement dans l'actuelle campagne présidentielle, derrière le logement  et les retraites (73 %), mais devant le chômage et l'emploi (59 %) ou l'insécurité (53 %). Bref, la crise a bon dos...

 

Alors, pourquoi le sujet est-il si peu présent ? La responsabilité en incombe d'abord aux journalistes politiques, qui, dans toutes les récentes émissions politiques en prime-time (Des paroles et des actes sur France 2, Parole de candidat sur TF1), n'ont jamais posé la moindre question sur le climat, l'énergie ou la biodiversité.

 

Pourrait-on imaginer que, de même que l'excellent François Lenglet remet les pendules des candidats à l'heure sur l'économie, des journalistes spécialisés en environnement soient parfois conviés à participer à ces émissions ?

 

Mais si le système médiatique doit être mis en cause, les "grands" candidats ont aussi leur part de responsabilité. Car ni Nicolas Sarkozy (sauf pour défendre le nucléaire), ni François Hollande, ni François Bayrou, sans parler de Marine Le Pen, n'abordent jamais spontanément les sujets d'environnement. Le sujet n'est évoqué que devant les "écolos", ou alors sous-traité à des spécialistes souvent issus de la mouvance écologiste.

 

 

Enfin, et peut-être surtout, la portion congrue réservée à l'écologie dans la campagne s'explique par la stratégie dingo du parti Europe-Ecologie-les Verts, qui a cru bon de signer un accord avec le Parti socialiste dès avant le 1er tour.

 

Dès lors, la principale motivation d'un vote écologiste au 1er tour - obtenir un maximum de concessions de la part du candidat socialiste grâce à un pourcentage élevé - a fondu comme neige au soleil. Les leaders Verts en sont réduits aujourd'hui à implorer leurs électeurs à voter pour leur candidate, afin que le PS respecte l'accord signé... Pathétique !

 

Ajoutez à cela le choix désolant (par réflexe conditionné anti-Hulot) d'une candidate, Eva Joly, qui passe particulièrement mal à la télé (les journalistes d'environnement étaient stupéfaits en février de la découvrir bien plus convaincante en petit comité que sur le petit écran) et, malgré des efforts méritoires, maîtrise imparfaitement les sujets d'environnement. Au point de répéter mot pour mot le même argumentaire sur le nucléaire d'un plateau télé à l'autre...

 

Alors, sauf si Corinne Lepage, tellement plus claire et compétente qu'Eva Joly, parvient in extremis à rassembler ses 500 signatures et bouscule la campagne officielle, ou si Jean-Luc Mélenchon se décide à mettre la "planification écologique" au coeur de son discours, il va falloir se résigner : en 2012, l'élection présidentielle, située pourtant quelques semaines avant le sommet mondial Rio+20 sur l'environnement (dont aucun candidat ne parle jamais !), n'aura guère plus abordé les questions d'écologie que celle de... 1965, pendant laquelle, après la tentative infructueuse du pionnier antinucléaire Jean Pignero de réunir les signatures de maires (100 à l'époque), le sénateur centriste Pierre Marcilhacy avait été le premier à parler de la pollution de l'eau et de l'air devant micros et caméras... 

 

Cet article a été publié sur le site le + du Nouvel Observateur.

 

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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