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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 19:47


En teaser de la diffusion du documentaire Déchets, le cauchemar du nucléaire, programmé le 13 octobre 2009 à 20 h 45 sur Arte, Libération du 12 octobre titre en une : « Nucléaire, la décharge secrète d'EDF ».


L'enquête de la journaliste de Libé (et co-auteure du documentaire) Laure Noualhat "révèle" :  « Nos déchets sont cachés en Sibérie ».

Or, comme nous le rappelle Jacky Bonnemains de l'association Robin des Bois, cette info "exclusive" a déjà été portée à la connaissance du public en... 1984.

Voici le communiqué de Robin des Bois qui, à l'heure où j'écris ces lignes, semble n'avoir été repris que par l'Usine nouvelle :

Les "révélations" sur un trafic d’uranium appauvri issu du retraitement à l’usine de La Hague entre la France et la Russie qui font l’actualité du jour n’apportent rien de nouveau. En vérité ce trafic entre la France et la Russie existe depuis le début des années 70. Il a été révélé au très grand jour et à l’opinion internationale grâce à l’intervention de deux membres du mouvement Greenpeace le 26 août 1984, vingt quatre heures après le naufrage en mer du Nord du Montlouis transportant 400 tonnes d’uranium appauvri entre le Havre et le port alors russe de Riga. Le scandale a alors fait le tour du monde et les unes de tous les journaux y compris français pendant plusieurs semaines, le temps nécessaire à  la récupération dans l’épave des fûts qui ne s’en étaient pas échappés. Les explications fournies par les opérateurs étaient exactement les mêmes qu’aujourd’hui mais l’affaire avait fait un bruit énorme ; survenant en pleine guerre froide elle éclairait d’un jour inattendu et coopératif les relations entre la France et la Russie et des accointances sur les matériaux fissiles qui n’ont jamais été remises en cause.

 

Jacky Bonnemains

Président de Robin des Bois et campaigner nucléaire de Greenpeace en 1984.



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De son côté, Greenpeace confirme qu'il s'agit d'une "vieille affaire".
Voici le communiqué de son porte-parole Yannick Rousselet

Paris, le 12 octobre 2009 – Pour Greenpeace, quelques éléments supplémentaires doivent nourrir le débat lancé par la diffusion du documentaire « Déchets, le cauchemar du nucléaire » prévue sur Arte demain et l’article paru ce matin dans Libération, sur l’exportation de déchets nucléaires. Car cette affaire ne date pas d'hier.

« Au travers du documentaire, on découvre les éléments de preuve et les détails de ce que Greenpeace dénonce depuis de nombreuses années », déclare Yannick Rousselet, chargé de campagne Nucléaire à Greenpeace.

Déchets nucléaires français : un trafic ancien

Depuis longtemps, une partie des déchets qu’Areva prétend recycler à La Hague pour qu’ils soient réutilisés dans des réacteurs finit en réalité stockée dans les plaines de Sibérie. Dès 1984, le cargo Mont-Louis coulait au large de Zeebruge (Belgique), avec à son bord une cargaison d’uranium français issu du retraitement à destination de Riga (Russie).

Plus récemment, le 7 décembre 2005, des activistes de Greenpeace ont bloqué le chargement d’une cargaison d’uranium sur le Kapitan Kuroptev, un navire à destination de Saint-Petersbourg. Par cette action, Greenpeace dénonçait alors l’exportation illégale de déchets nucléaires français à l’étranger

« Il est curieux d’avoir entendu, depuis des années, l’industrie nucléaire française dénigrer le niveau de sécurité et souligner le manque de sérieux de l’industrie russe suite à la catastrophe de Tchernobyl, et de lui avoir confié en même temps la gestion de centaines de tonnes de nos propres déchets nucléaires », note Yannick Rousselet.

Ce scandale révèle la vraie nature du retraitement

Sorties des 58 réacteurs de production d’électricité d’EDF, 1 450 tonnes de combustibles usés sont envoyées chaque année. 850 à 1 000 tonnes sont retraitées, le reste venant grossir la masse de déchets stockés dans les piscines de l’usine de La Hague (actuellement 8 000 à 9 000 tonnes)

Le retraitement consiste à séparer 3 grandes matières :
- le plutonium (1 %) : une petite partie est réellement recyclée et est utilisée pour fabriquer du combustible Mox. Le reste est stocké à La Hague.
- les produits de fission (3 %) : ils sont vitrifiés et actuellement stockés dans des puits ventilés dans l’usine de La Hague.
- l’uranium de retraitement (96 %) : c’est cet uranium qui fait aujourd’hui polémique. Il est envoyé dans l’usine de conversion de Pierrelattes (Drôme), afin d’y être transformé. Une grande part du produit issu de cette transformation est stocké sur place (18 000 tonnes), une autre est envoyé dans la mine de Bessines (Limousin) et le reste, dont les chiffres sont tenus secrets par EDF, est exporté vers l’usine russe de Tomsk via Le Havre et Saint- Petersbourg.


La version officielle serait que cette matière y est ré-enrichie afin de pouvoir être réutilisé comme combustible. En réalité, seuls moins de 10 % de la matière reviennent en France. Actuellement, au maximum deux réacteurs nucléaires français (Cruas 3 et 4) sont susceptibles de réutiliser ce combustible.

« Greenpeace met au défi Areva et EDF de publier avec précision les données sur l'ensemble des flux de matières entre la sortie des réacteurs, lors des opérations de retraitement, conversion et ré-enrichissement puis à la fin de retour en réacteur » exhorte Yannick Rousselet.

Contacts
Adélaïde Colin, Communication : 06 84 25 08 25
Yannick Rousselet, campagne Énergie : 06 85 80 65 59


Une chose est sûre : ainsi que le porte-parole d'Areva a beau jeu de le souligner dans les colonnes de Libération, ce trafic est connu de longue date et n'a rien de "secret".

Bref, la course au scoop expose à des dérives. Mais force est de constater que depuis 25 ans, la situation dans le domaine de la gestion des déchets nucléaires ne s'est guère améliorée (euphémisme ! )

Que cela ne vous empêche de regarder le documentaire d'Arte et de réagir sur ce blog !

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Laurent Samuel - dans Ecologie
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commentaires

citoyenactif 15/10/2009 21:22


Comme par hasard, après la diffusion de ce très bon film «Déchet, le cauchemar du nucléaire» malheureusement un accident vient nous rappeler encore d’avantage le risque.
Le site figaro : « Incident de niveau 2 à Cadarache : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/15/01011-20091015FILWWW00394-incident-de-niveau-2-a-cadarache.php »
Le terme de confiance largement repris par les acteurs de l’industrie nucléaire fait toujours défaut.
« Le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a estimé à la suite de la position de l'ASN que "l’exigence de transparence doit être absolue en matière de sûreté nucléaire" et "regrette
profondément qu’un tel délai se soit écoulé entre la découverte de cette situation et sa déclaration". "Cette transparence et cette exigence de sécurité sont les conditions incontournables de la
fourniture d’électricité d’origine nucléaire. Elles seront respectées".
Et l’incident n’a rien de bénin selon Greenpeace
« Greenpeace France "considère vraiment qu'il s'agit d'une des situations les plus graves et les plus critiques que l'on ait pu rencontrer dans une installation nucléaire depuis longtemps". "Il est
quand même incroyable que la comptabilité du plutonium qui devrait se faire en grammes - or, là, on parle quand même de l'équivalent de cinq bombes nucléaires - on ne soit pas capable de la faire à
la dizaine de kg près, c'est hallucinant", a déclaré Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire au sein de l'assocation écologiste. »


citoyenactif 14/10/2009 14:26


Disons que les médias et les politiciens n'avaient pas pris la mesure de l'enjeu.

Le fait d'en reparler à l'approche du sommet de Copenhague, est un moyen supplémentaire de changer les choses.

Cela a eu le mérite de faire bouger / " réveiller" les politiciens

Déchets nucléaires en Sibérie: Jouanno favorable à une enquête

Après les révélations de Libération, lundi, sur l'exportation d'une partie de ses déchets radioactifs français en Russie, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie appelle à la transparence.>>

http://www.liberation.fr/economie/0101596802-dechets-nucleaires-en-siberie-jouanno-favorable-a-une-enquete?xtor=EPR-450206

Le dérèglement climatique, les ONG en parle depuis longtemps, mais ce n'est que récemment que ce sujet est rentrée vraiment dans le débat public.


Laurent Samuel 14/10/2009 14:45


Tout à fait d'accord,
d'autant plus que le documentaire diffusé sur Arte est excellent !