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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 16:12

On s'étonne du peu de réactions de fond face à l'emploi pour le moins douteux par Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, du terme "kyste" pour désigner les "occupants" du site où doit être implanté l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

solidarite_notre_dame_des_landes.jpg

 

« Il est hors de question de laisser un kyste s'organiser, se mettre en place, de façon durable, avec la volonté de nuire avec des moyens parfois dangereux (...). Nous mettrons tout en oeuvre pour que la loi soit respectée (...) pour que les travaux puissent avoir lieu », a déclaré le ministre de l'Intérieur le 23 novembre lors d'un déplacement à Lorient, alors que les forces de l'ordre procédaient depuis l'aube à un vaste opération d'évacuation du site.

 

Sur Twitter, les propos de Manuel Valls ont surtout suscité des messages humoristiques et ironiques (lire un best-of sur le site de Presse Océan).

 

Selon le Larousse en ligne, un kyste est une « cavité pathologique située dans un organe ou dans un tissu, contenant une substance liquide, molle ou plus rarement solide, et limitée par une paroi qui lui est propre », mais aussi une « forme de résistance prise par divers êtres vivants (amibiens, algues, champignons) lorsque les conditions extérieures deviennent défavorables (froid, sécheresse, manque de nourriture) ».

 

Sans s'en rendre compte assurément (car toute son action politique témoigne de son engagement sans faille contre le racisme et l'antisémitisme), Manuel Valls reprend ainsi un type de comparaison, fréquent du côté de l'extrême-droite, assimilant telle ou telle catégorie de population ou « adversaire » politique à un animal réputé nuisible, tel le rat, ou à une prolifération indésirable se développant dans un organisme vivant, comme un cancer ou, en l'occurrence, un kyste. Dans les années 1930, certains antisémites, qui n'ont bien sûr rien à voir avec notre ministre parfaitement républicain, comparaient ainsi la prétendue « menace » juive à un « kyste ethnique inextirpable » (lire ici un extrait d'un livre de l'historien Jean-Pierre Blancpain).

 

A n'en point douter, les mots employés par Manuel Valls ont dépassé sa pensée, comme cela avait été le cas le 13 novembre dernier à l'Assemblée nationale, lorsqu'il avait accusé la droite d'être responsable du « retour du terrorisme » en France. Dès le lendemain, le ministre de l'Intérieur avait reconnu le caractère outrancier de ses propos, exprimant ses « regrets ». On espère qu'il en sera de même dans les heures qui viennent et que Manuel Valls, tout en réitérant son inquiétude face à la présence (ne relevant pas du fantasme si l'on en juge par certains reportages télé) d'individus prônant et pratiquant la violence au sein de la grande masse des opposants au projet d'aéroport, admette que ces groupes extrémistes ne peuvent en aucun cas être comparés à des « kystes » et que l'emploi de ce terme était malheureux.

 

Le ministre de l'Intérieur se grandirait aussi en affirmant haut et fort qu'il ne confond en aucun cas ces éléments minoritaires avec les dizaines de milliers de manifestants pacifiques qui ont défilé samedi 17 novembre partout en France contre ce projet, et qui étaient de nouveau nombreux dans les rues le 24 novembre.

 

Cet article a été publié sur le site le + du Nouvel Observateur.

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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