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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 19:54

L'hebdomadaire Marianne du 3 octobre 2009 publie une longue et passionnante interview de Daniel Cohn-Bendit, dans laquelle ce dernier s'en prend avec une mauvaise foi consommée à Nicolas Hulot.

Le leader d'Europe-Ecologie accuse Nicolas Hulot d'être hostile à l'économie de marché, alors que, comme Daniel Cohn-Bendit, l'auteur du Syndrome du Titanic (allez voir ce film !) s'est à maintes reprises prononcé pour une régulation del'économie de marché, et en aucun cas pour sa destruction.

Plus grave, Daniel Cohn-Bendit insinue qu'au nom de l'urgence et de la "radicalité écologique", Nicolas Hulot en viendrait à "mettre en parenthèses la démocratie", de la même façon qu'Olivier Besancenot le fait au nom de la révolution sociale. Or, on chercherait en vain dans les écrits et déclarations de Nicolas Hulot la moindre tentation en faveur d'un régime autoritaire. Et malgré quelques déclarations malencontreuses de Nicolas Hulot faisant état de sa sympathie pour certaines idées d'Olivier Besancenot, on ne constate aucune convergence Hulot-Besancenot.

Tout se passe comme si, par un de ces talentueux tours de passe-passe dont il a le secret, Daniel Cohn-Bendit reprend les arguments qu'en 1980, les partisans de la candidature de Brice Lalonde à la présidentielle de 1981 (dont j'étais) opposaient à ceux qui imploraient le commandant Cousteau de se présenter. Comme celle de "JYC" jadis, l'écologie défendue par Nicolas Hulot serait celle du catastrophisme et du "témoignage", pour reprendre la terminologie du sociologue Alain Touraine, par opposition à l'écologie de l'"engagement" mise en pratique alors par les Amis de la Terre et Brice Lalonde. L'un des axes de cette dernière démarche, expérimenté dès les élections législatives de 1978, consistait à proposer aux candidats restant en présence au second tour de reprendre à leur compte des "mesures d'urgence", telles que l'arrêt du nucléaire, le referendum d'iniative populaire ou l'abolition du monopole d'Etat sur la radio et la télé.

Or, cette idée des "mesures d'urgence", après avoir été reprise avec succès par les Verts lors des législatives de 1997 (qui avaient alors obtenu l'arrêt de Super-Phénix et du canal à grand gabarit), se trouve précisément au coeur de la démarche du pacte écologique de Nicolas Hulot ! Bref, par un singulier retournement de l'histoire, Nicolas Hulot se situe aujourd'hui dans la droite lignée de l'écologie de l'engagement. Tandis que les Verts, malgré leurs indéniables réalisations concrètes au niveau municipal et régional, continuent trop souvent, en bons adeptes de l'écologie de témoignage, à prétendre nous vendre clés en mains leur modèle de société idéal.

Reste une question de fond, qui recouvre le vrai clivage entre Hulot et les Verts : pour écologiser la société, faut-il mieux - comme le fait Nicolas Hulot jusqu'à maintenant - agir en groupe de pression avec les grandes ONG environnementales pour infléchir les politiques gouvernementales, ou - selon la démarche des Verts - se constituer en force politique autonome, prête à nouer des alliances avec un "grand" parti sur la base d'un programme précis de mesures d'urgence ?

Ou peut-être, vu l'urgence de la situation, les deux démarches doivent-elles être mises en oeuvre parallèlement ?

Vaste débat...

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Laurent Samuel - dans Ecologie
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commentaires

citoyenactif 18/10/2009 20:14


Le risque lorsque les Verts essaye de se constituer en force politique et arrive au gouvernement. Ils sont tout de suite cadenacée et voie donc tout leur espoir mis en eux s'effondrer. D'ou une
perte des voies.

On la vue dans le reportage de "déchets, le cauchemar du nucléaire" ou Corinne lepage a expliquer qu'elle n'avait pas été tenue au courant et n'avait rien pu faire.

Je pense que tant que leur force n'est pas suffisante pour faire face aux pression, ils ont plus de force dans l'"opposition".

Cela évite les "récup" et leur permet de gader leur indépendance.

par contre, au niveau européen, cela peut être intéressant


Jérôme Baboulène 10/10/2009 10:43


Une chose est sûre, une action politique, quelle qu'elle soit, ne produit jamais les effets attendus. Tactiquement, rien ne s'oppose à ce que les deux démarches (l'engagement et le témoignage) se
complètent, même si j'ai le sentiment qu'il s'agit davantage d'un débat casuistique dans lequel ne se reconnaîtraient pas les militants qui passent de l'un à l'autre sans état d'âme. De tout cela,
il ne faut retenir que la volonté de Dany de s'ériger en morale incontournable d'une "nouvelle gauche", histoire de ratisser le plus large possible.