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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 16:48

 

En près de trois heures de débat le 2 mai dernier, aucun des deux candidats du second tour de l'élection présidentielle n'a prononcé les mots "écologie", "changement climatique" ou "biodiversité". Ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy n'ont évoqué ces sujets capitaux pour notre avenir et celui de nos enfants que sont la pollution de l'air et de l'eau ou la qualité de nos aliments.


 

On avait déjà eu un avant-goût de cet "oubli" des deux finalistes en lisant leurs professions de foi reçues par chaque électeur dans sa boîte aux lettres : l'écologie n'y est évoquée chez le président sortant qu'à travers une référence à la "mutation écologique", tandis que le candidat de la gauche évoque (nuance ?) la "transition écologique" et cite "les écologistes, dont la mobilisation est indispensable", dans le "vaste" rassemblement qu'il souhaite construire. De part et d'autre, le vide est donc abyssal sur ces enjeux cruciaux.

 

Seule "passe d'armes" relative à l'écologie : le nucléaire

 

En 2007, Nicolas Hulot avait réussi, grâce au Pacte écologique porté par les grandes ONG environnementales, à placer l'écologie au cœur de la campagne. Ségolène Royal, forte de son action pour l'écologie en Charente-Poitou, mais aussi Nicolas Sarkozy, avaient souvent évoqué ces sujets. Rien de tel en 2012, où la conjonction de la crise économique et d'une stratégie calamiteuse des Verts (voir mon billet ici) a relégué l'écologie aux oubliettes de la campagne.

 

Au cours du débat Hollande-Sarkozy, la seule "passe d'armes" relative à l'écologie a concerné le nucléaire. David Pujadas, dans un des rares actes d'autorité de journalistes réduits le plus souvent au rôle de passeurs de plats, ayant empêché plus tôt dans la soirée François Hollande de répondre à Nicolas Sarkozy qui l'accusait faussement de vouloir sortir du nucléaire, cet échange musclé (à voir ou revoir ici) n'est intervenu que peu après 23 heures, à un moment où beaucoup de télespectateurs avaient déjà décroché.

 

 

 

Pourquoi cette centrale et pas les autres ?

 

François Hollande a saisi l'occasion pour réaffirmer qu'il ne fermerait qu'une seule centrale, celle de Fessenheim (deux réacteurs) au cours de son quinquennat, répliquant ainsi à la position caricaturale de Nicolas Sarkozy qui en faisait un antinucléaire pur et dur. Mais il n'a pas répondu à l'objection du président sortant : pourquoi cette centrale et pas les autres ? Et cela d'autant plus que, contrairement à ce que le candidat de la gauche a laissé entendre, Fessenheim n'est pas la seule centrale nucléaire située en zone sismique. Selon l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire), Bugey, Saint-Alban, Cruas et Tricastin s'y trouvent aussi.

 

En fait, comme l'explique Hervé Kempf dans un article du "Monde", François Hollande prévoit la fermeture des réacteurs atteignant l'âge de 40 ans, ce qui sera le cas pour Fessenheim en 2017, date fixée par le candidat de la gauche, et pour 22 autres réacteurs entre 2017 et 2022. Nicolas Sarkozy, de son côté, retient la prolongation à 60 ans de la "vie" des réacteurs. Il s'appuie sur le rapport de la Commission Energie 2050 remis en février au ministre de l'Industrie, Eric Besson, selon lequel "cette option s'avère de loin la moins coûteuse en termes d'investissements jusqu'à 2035-2040 (...). Et c'est elle qui permet de produire les kWh les moins coûteux."

 

Outre la réduction (prudente et progressive) de la part du nucléaire (50 % en 2025, contre 75 % actuellement), le programme de François Hollande se distingue aussi de celui de Nicolas Sarkozy par une inflexion plus appuyée (au moins dans les intentions...) en faveur de la "transition énergétique". François Brottes, son conseiller à l'énergie, explique à Hervé Kempf : "Pour convaincre tout le monde que c'est nécessaire, il y aura un grand débat sur l'énergie - avec une mobilisation forte sur la sobriété: une clé de la transition est l'économie d'énergie. Une autre est la montée en puissance des énergies renouvelables." Pour mémoire, François Mitterrand avait déjà promis en 1981 un "grand débat" sur l'énergie, qui fut réduit à la portion congrue...

 

Sarkozy gonfle son bilan

 

Pour le reste, Nicolas Sarkozy a gonflé le bilan de son quinquennat sur les éoliennes, parlant d'une multiplication par 4, alors que les chiffres officiels (selon le Véritomètre Owni-ITélé) ne font état que d'une multiplication par 2,27 de la production d'électricité obtenue grâce au vent.

 

De même, son affirmation selon laquelle le consommateur français paierait, grâce à notre parc nucléaire, son électricité 35 % moins cher que la moyenne européenne se révèle, toujours selon le Véritomètre Owni-ITélé, très exagérée. Sans compter que le prix du kilowatt-heure nucléaire n'intègre pas pleinement les coûts du traitement des déchets radioactifs et du démantèlement des installations...

 

Reste que, comme le reconnaît Hervé Kempf, les engagements pris par le gouvernement sortant en matière d'économies d'énergie et d'énergies renouvelables ne sont pas négligeables :

 

"Le gouvernement a adopté en décembre dernier un plan d'efficacité énergétique visant une diminution des consommations d'énergie à l'horizon 2020 comprise entre 19,7% et 21,4%. La part des énergies renouvelables est par ailleurs appelée à monter en puissance dans la lignée des objectifs européens (20% de la consommation d'énergie en 2020)."

 

Échec de la campagne d'EE-LV

 

Au cours du débat, le candidat socialiste a aussi confirmé que l'accord conclu entre Europe-Ecologie-les Verts (EE-LV) et le PS "ne l'engage pas". Affirmation de la primauté du "pacte" conclu entre le président et ses électeurs par rapport aux accords entre partis, ou façon habile de se défausser ? À chacun de juger. C'est le signe en tout cas de l'échec de la campagne d'EE-LV, dont l'infortunée Eva Joly est un trop commode bouc émissaire...

 

Au total, les engagements de François Hollande (réduction du nucléaire, priorité à la "transition énergétique") semblent plus favorables à l'environnement que ceux de Nicolas Sarkozy, qui se cantonne pour l'essentiel à la défense de son bilan dans ce domaine, pas aussi calamiteux au demeurant que certains le prétendent.

 

Mais une chose est sûre : quel que soit l'élu dimanche soir à 20 heures, les ONG écologistes devront redoubler d'efforts pour que le sort de la planète revienne enfin au cœur du débat public... et de l'action gouvernementale.

 

Pour en savoir plus sur les propositions des deux candidats sur l'énergie, vous pouvez visionner ici le débat organisé le 26 avril dernier par l'association 4D avec leurs deux représentantes, Marie-Hélène Aubert (PS) et Fabienne Keller (UMP).

 

Cet article a été publié sur le site le + du Nouvel Observateur.

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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Blandine 09/05/2012 00:06

Bonjour,

Je vous félicite pour votre blog et je vous écris car vous pourriez être intéressé par le site que l’association Anciela vient tout juste de lancer, Démocratie Durable :
http://www.democratie-durable.info
C’est un site de démocratie participative où les citoyens peuvent porter des propositions d’action publique et des projets collectifs et en débattre afin de construire collectivement des solutions
efficaces pour le développement durable. Le but est que les élus puissent les mettre en œuvre dans leurs décisions ou que d’autres citoyens s’inspirent des projets. De nombreuses thématiques sont
abordées (eau, énergie, climat, économie, mondialisation…) et on peut aussi y trouver et y déposer des sites écolos, des pétitions, des associations… N’hésitez pas à y apporter votre contribution
!!

Blandine, membre d’Anciela et de Démocratie Durable.

Laurent Samuel 09/05/2012 17:04



excellente initiative, je viens de m'inscrire sur votre site et sur vos comptes Twitter et Facebook !