Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 09:52

Ni l'un ni l'autre des deux "partenaires" n'a trop intérêt à ce que ça se sache. Mais Denis Baupin, l'un des négociateurs d'EE-LV, n'a pu s'empêcher de lâcher le morceau, le 18 novembre dans Libération.

 

http://danieltomasz39.files.wordpress.com/2011/03/stop-mox-demonstration-in-fu.jpg

 

Le passage contesté de l'accord EE-LV-PS sur la filière du combustible nucléaire MOX (mélange d'uranium et de plutonium) a été ajouté au pot commun dans la phase finale de la négociation. Libération écrit : « La formulation qui prêtait à confusion était bien de la main de l’écologiste Denis Baupin : «La reconversion en pôle d’excellence, c’est de moi», reconnaissait l’intéressé. Pas peu fier : «Quel talent pour enflammer le débat sur le nucléaire. Quand on voit les équipes de Hollande, on se dit que les nôtres sont très pro.» »

 

Ni vu, ni connu, je t'embrouille... Denis Baupin, bon connaisseur du dossier nucléaire, a ainsi piégé l'équipe des négociateurs socialistes, qui n'y ont vu que du feu. C'est seulement quelques heures plus tard, le 15 novembre dans l'après-midi, que le PS, alerté par Areva, s'est rendu compte de sa bourde et a réagi, dans la plus belle tradition stalinienne, en "caviardant" carrément le passage litigieux. Deux jours plus tard, le 17 novembre, les deux partis se sont mis d'accord sur un "avenant". Aux termes de ce texte, « la «reconversion à emploi constant» signifie une diminution, et non pas «l’arrêt», de la filière du retraitement et de la fabrication du combustible MOX », résume Libération. L'accord ainsi modifié a été approuvé le 19 novembre par 75 % des membres du Conseil fédéral d'EE-LV.

 

Pour les Verts, cette mise en avant de la question du MOX et du retraitement a permis de faire passer au second plan leur recul sur l'EPR de Flamanville et l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Elle a aussi montré leur habileté négociatrice et leur compétence (ou, au moins, celle de Denis Baupin...) sur les questions nucléaires.

 

A contrario, l'affaire révèle de la part des responsables du Parti socialiste un dramatique manque de connaissance sur ce problème capital, qui le met à la merci (comme on l'a vu cette semaine...) des pressions d'Areva. Cette entreprise a ainsi persuadé le PS que l'abandon du MOX et du retraitement des déchets nucléaires condamnerait l'EPR de Flamanville et placerait la France dans la voie de la "sortie du nucléaire". Une conviction paradoxalement partagée par beaucoup d'écologistes.

Pourtant, comme l'explique Bernard Laponche, physicien nucléaire, ancien ingénieur au CEA et ex-conseiller de Dominique Voynet au ministère de l'Environnement, dans les colonnes du JDD du 20 novembre, un nucléaire sans MOX ni retraitement est tout possible. « La production de MOX a commencé dans les années 1960, explique Bernard Laponche. L’objectif a d’abord été l’élaboration de la bombe atomique. Puis il a été utilisé pour le fonctionnement des réacteurs surgénérateurs, en particulier Superphénix, abandonné en 1998. Les gouvernements ont tout de même décidé de conserver la production de plutonium comme composant du MOX, utilisé actuellement dans 21 des 58 réacteurs français. Ces centrales l’utilisent environ pour un tiers de leur combustible. Mais elles peuvent tout à fait s’en passer. C’est aussi vrai pour le réacteur EPR, à Flamanville ou ailleurs. L’argument selon lequel celui-ci n’utiliserait que du MOX est totalement faux. Il peut sans aucun problème ne fonctionner qu’à l’uranium. Les Finlandais ne prévoient d’ailleurs pas de l’utiliser pour l’EPR qu’ils construisent. »

 

Des vérités que ni Areva (et ses "amis" du PS et de l'UMP) ni les Verts n'ont envie d'entendre... Merci en tout cas à Denis Baupin d'avoir placé cette question du MOX et du retraitement dans le débat public...

 

Cet article a été publié sur le site le + du Nouvel Observateur.

Partager cet article

Laurent SAMUEL - dans Ecologie
commenter cet article

commentaires