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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:58

Quels sont les forces et mécanismes qui ont abouti aux actuelles crises économique et écologique planétaires ? Et quelles pistes pour (s')en sortir ? Le livre de Michel Beaud, Face au pire des mondes (Editions Seuil, 20 euros), répond à ces deux vastes questions avec un sens rare de la synthèse et de la pédagogie.

Face-au-pire-des-mondes.jpg

 

Pour appuyer son analyse, l'auteur, professeur émérite de l'université Paris 7, dresse un bilan très argumenté de ce « pire des mondes » dans lequel nous sommes en train d'entrer. En particulier, il revient sur cette formidable occasion manquée qu'a constitué à se yeux le Sommet de Rio en 1992.

Depuis lors, l'état de l'environnement planétaire n'a cessé de se dégrader et les politiques internationales mises en œuvre, en premier lieu contre le réchauffement climatique, se sont révélées impuissantes à inverser la tendance.

 

Avec l'assistance de son épouse Calliope, figure historique des Amis de la Terre des années 1970, Michel Beaud retrace aussi les atteintes planétaires à la biodiversité, à la couche d'ozone, à la qualité de l'eau, aux terres arables, etc. Cet économiste ennemi du jargon, dont l'écriture est d'une rare clarté, met en parallèle ces « engrenages tragiques » avec l'évolution du système économique mondial depuis quelques décennies. Il pointe la montée de l'ultralibéralisme, selon lequel le « marché a toujours raison » et apporte le progrès économique et social, la croissance faramineuse des inégalités de fortunes et de revenus, le « privilège d'irresponsabilité des puissants » et la spirale de la consommation.


Pour autant, Michel Beaud n'est pas un adepte de la « sortie du capitalisme ». Pour lui, le problème vient du fait que l'«ordre marchand se déploie au détriment des activités domestiques ou communautaires ». Cela sans que les Etats et les structures internationales lui opposent des contrôles suffisants. « Ce qui est nouveau, écrit Michel Beaud, c'est l'acceptation implicite par nos sociétés de ces deux petites règles, apparemment anodines mais dont la combinaison autorise pratiquement tout :

  1. « tout ce qui est techniquement possible est acceptable » ;

  2. « tout ce qui fait l'objet d'une offre et d'une demande sur un marché est légitime ». »

Pour sortir de ce cycle infernal, Michel Beaud propose de prendre le problème « par les deux bouts », en agissant à la fois à partir des « lieux de pouvoir » et des « lieux de vie ». La transformation doit bien sûr s'opérer au niveau des organisations internationales et des Etats, seuls à même d'imposer des normes en matière d'énergie et de pollutions, de responsabilité, de limitation des inégalités et d'encadrement strict des activités financières et de justice internationale. Mais Michel Beaud propose de miser aussi sur les « micro-choix de milliards d'humains, à la fois citoyens, producteurs de projets, parents, consommateurs, créateurs, critiques, électeurs... » Dans cette perspective, il salue tant le développement des AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) que les mouvements des jeunes de Tunisie et d'Egypte.


On regrettera que ce livre très riche n'aborde pas la question essentielle de la double dette, économique et écologique. Et, pour les familiers des grands dossiers écologiques planétaires, certains chapitres donneront une impression de « déjà lu ». Mais que cela ne nous fasse pas passer à côté de l'essentiel, à savoir cette « feuille de route » du changement social que Michel Beaud nous propose sur la base de ses vastes connaissances en économie et en écologie.

 

Cet article est paru dans le N° 6 de la lettre Options Futurs, téléchargeable en cliquant ici.

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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