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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 16:18

Hormis une notice nécrologique signée Hervé Kempf publiée dansle Monde et un remarquable article de Jacques Grinewald sur le site du Sauvage, la mort de l'écologue américain Barry Commoner, survenue le 30 septembre dernier à New York, sa ville natale, est passée inaperçue dans notre pays.

http://images.huffingtonpost.com/2012-10-02-BarryCommoner1970.JPG


 

Pourtant, Barry Commoner était l'un des rares écologistes connus du grand public américain. Le 2 février 1970, peu de temps le premier Earth Day (Jour de la Terre) du 22 avril suivant, Barry Commoner avait été présenté à la Une de l'hebdomadaire Time comme le « Paul Revere (NDLR héros de la révolution américaine) de l'écologie ».


Ce « citoyen savant » fut en effet de tous les combats environnementaux aux Etats-Unis, notamment contre les centrales nucléaires, qu'il fut l'un des premiers chercheurs à mettre en cause après avoir bataillé contre les armements atomiques dès les années 50. « Barry Commoner développa un genre de critique théorique et pratique qu’on peut appeler “scientifico-critique”, car c’est au nom même de “l’intégrité de la science” qu’il s’en prenait à l’épistémologie dominante et au complexe scientifico-militaro-industriel », explique Jacques Grinewald. « Ravivant la grande tradition naturaliste des sciences de l’organisme et de la nature vivante, Barry Commoner défendait le holisme (comme son collègue René Dubos) et une vision globale de la biosphère(qu’il nomma écosphère à partir de 1971). » Il fut ainsi un pionnier du mouvement des scientifiques critiques, ou « concernés », qui se traduisit par la création en 1969 de l'Union of Concerned Scientists, toujours active aujourd'hui, et l'émergence d'un mouvement d'auto-critique de la science (voir le livre collectif Auto-critique de la science, paru en 1973 au Seuil).


Mais si Barry Commoner fut un précurseur, c'est aussi en raison de son approche sociale et économique de l'écologie, très nouvelle pour l'époque. Il s'était résolument opposé aux thèses d'un autre écologiste célèbre, Paul Ehrlich, pour qui la « bombe P », à savoir la croissance démographique mondiale, allait nous confronter à une crise majeure d'épuisement des ressources naturelles et énergétiques. Contre ces « prophètes de l'apocalypse », prêts parfois à stériliser de force les habitants du tiers-monde, Commoner pointait la responsabilité du mode de production capitaliste dans la crise écologique. Ce fut le thème majeur de son best-seller The Closing Circle : Nature, Man and Technology, traduit en France sous le titre L’encerclement : problèmes de survie en milieu terrestre (Seuil, 1972).

 

Barry Commoner fut l'un des premiers écologistes américains à se lancer en politique. Hélas, avec 0,25 % de voix, sa candidature à l'élection présidentielle de 1980, sous les couleurs de son Citizen's Party, fut un échec cuisant. Il n'en reste pas moins que, comme l'affirme Jacques Grinewald, « plus qu’aucune autre personnalité, y compris la célèbre Rachel Carson, Barry Commoner peut et doit être considéré comme l’un des authentiques pères fondateurs de l’écologie politique ». Sa façon innovante de lier vérité scientifique, responsabilité sociale des chercheurs et libertés démocratiques reste plus que jamais d'actualité.


Cet article a été publié dans la lettre Options Futurs N° 16.

 

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Laurent SAMUEL - dans Ecologie
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