Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 19:50


Le film Welcome de Philippe Lioret confirme le vieil adage selon lequel les bons sentiments font rarement du bon cinéma.

Certes, ce long-métrage a le grand mérite de sensibiliser le grand public au sort injuste réservé à des sans-papiers confrontés à une situation kafkaienne puis qu'ils ne peuvent ni quitter la France pour l'Angleterre, ni y rester.
Mais, malgré la bouleversante interprétation de Vincent Lindon, Welcome nous submerge sous un déluge de bons sentiments, avec des personnages secondaires caricaturaux. Plus grave, certains indices distillés au long du film (et plus encore les interviews du réalisateur) conduisent à un parallèle douteux entre le sort des juifs sous l'occupation et celui des sans-papiers dans la France de 2009.
Sur ce sujet, je vous renvoie à l'excellente interview du grand résistant Raymond Aubrac, parue dans le JDD.
Se démarquant à la fois de Philippe Lioret et du ministre Eric Besson (l'homme qui, lorsqu'il était au PS traitait Nicolas Sarkozy de "néo-conservateur américain à passeport français"), Raymond Aubrac affirme que la situation des sans-papiers est scandaleuse et mérite que l'on se batte pour eux, mais n'a rien à voir avec celle des juifs sous Vichy.

Et vous, que pensez-vous de ce film et de cette polémique ?
Vos avis sont comme toujours les bienvenus.

Partager cet article

Repost 0
Laurent Samuel - dans cinéma
commenter cet article

commentaires

Régis 11/04/2009 16:09

Pour moi, c'est très clair. Welcome est un très bon film, même si on peu critiquer tel ou tel détail. Ce n'est pas un film manichéen : il suffit de voir l'attitude souvent ambigüe du personnage principal, qui n'a rien d'un militant. Bien entendu, le contexte n'a rien à voir avec celui de l'occupation et des déportations organisées par la Gestapo et les nazis. Mais ceux qui aident les sans-papiers font bien de la résistance à des lois et des décisions injustes, d'ailleurs Raymond Aubrac le dit dans son interview. Mais là où je ne suis pas d'accord avec lui, c'est qu'il y a de vrais risques à protéger les sans-papiers. Et ceux qui le font les mesurent tous les jours, je le vois dans bien des dossiers qui sont traités ici au Mans. Ces risques sont sans commune mesure avec ceux des années 40, pour les aidants, c'est vrai. Mais certains sans-papiers risquent leur peau non seulement dans les conditions qu'ils acceptent pour émigrer, mais s'ils sont renvoyés dans leur pays d'origine où ils sont menacés de mort.

Certaines interviews de Lioret sont peut-être critiquables sur certains points, mais celles de Hortefeux et Besson sont bien pires

rock voisin 05/04/2009 16:11

A lire sur le sujet un article des Inrocks
http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/article/les-sans-papiers-nouveaux-heros-du-cinema/

jérôme Baboulène 04/04/2009 10:14

C'est le propre même des métaphores : frapper les esprits en détournant de son sens originel un fait connu de tous. Les CRS n'étaient pas des SS en 68, les Israëliens ne se comportent pas comme des nazis dans la bande Gaza, les sans-papiers ne sont pas victimes d'une nouvelle Shoah. La question qui vaut est : y a-t-il des événements que l'on ne peut pas réduire à leur image, alors que d'autres, oui ? Pour ma part, je suis partagé : employer la référence au sort des Juifs durant la 2ème guerre mondiale pour dénoncer les traitements dont sont victimes les sans-papiers me condamne à abandonner mon indifférence oublieuse et à me poser les vraies questions. Donc...