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7 octobre 2007 7 07 /10 /octobre /2007 16:15

La société du futur sera-t-elle marquée par la domination de la « com », aux dépens de l'information ?

Le 26 septembre dernier, Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables recevait les dirigeants des cinquante plus grands groupes médias français. A cette occasion, le ministre d'État a rendu publique une "Charte d'engagements des médias" sur l'environnement et le développement durable. A priori, la nouvelle devrait ravir les journalistes spécialisés. Il y a belle lurette que les JNE, en particulier lors de la publication de leurs "livres blancs" sur la place de l'environnement dans les médias, dénoncent l'insuffisante présence de ces sujets, notamment sur les radios et les télés.

Hélas, cette Charte mélange information et communication, mis allègrement dans le même sac dans le communiqué du ministre, qui « a souhaité ainsi mobiliser le monde de la communication et des médias autour du développement durable ». Une assimilation inquiétante : si "communicants" et journalistes ont chacun leur partition à jouer, leurs registres sont de nature différente.
Le premier point de la Charte propose de « mettre en place une information quotidienne sur les «gestes d'engagement de la vie de tous les jours» au service de la planète ». Si utiles soient-elles, de telles campagnes ressortent plutôt du rôle d'organismes comme l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). La mission des journalistes est différente : elle consiste à passer au crible ces "éco-gestes" pour déterminer ceux qui sont vraiment utiles et ceux dont l'éco-bilan est douteux, voire négatif (je pense par exemple aux sacs "biodégradables"*).

Le deuxième point de la Charte propose d'organiser une « journée de mobilisation et de solidarité à l'image de Sidaction ou du Téléthon sur le thème «Sauvons la planète» avant la fin de l'année ». Cela revient à introniser l'environnement comme "grande cause nationale" (si l'on ose dire concernant la planète !) faisant l'objet d'un consensus général. Or, les débats du Grenelle de l'environnement ont montré que s'il y a désormais un (relatif) accord sur le diagnostic de la gravité de la situation, de fortes divergences se manifestent quant aux solutions à mettre en oeuvre. Et fera-t-on appel, comme au Téléthon, à la générosité publique pour pallier l'insuffisance des crédits publics dévolus à l'environnement ?

En revanche, on ne peut que se féliciter de ce que la Charte, dans son troisième point, prévoit de « procéder, dans chaque entreprise, à un bilan carbone portant sur l'ensemble de ses activités ». Très bien, mais pourquoi cette excellente disposition ne s'appliquerait-elle qu'au secteur des médias et pas à toutes les entreprises ?

Enfin, le dernier point propose d'« amplifier les émissions ou les reportages consacrés aux grandes urgences environnementales et développer la diffusion d'initiatives et de conseils pratiques ». Là aussi, on peut difficilement être contre ! Reste une question de fond : est-ce le rôle d'un ministre, même avec les meilleures intentions du monde, de se mêler du contenu éditorial des médias ?
Un système où un membre du gouvernement édicte des "recommandations" aux patrons de presse, eux-mêmes
chargés de les imposer à la "piétaille" journalistique, ne relève-t-il pas d'une conception hiérarchique peu conforme aux idéaux démocratiques ? Comme Alain Peyrefitte, ministre de l'information du général de Gaulle, qui avait présenté à l'antenne il y a 40 ans la nouvelle formule du journal télévisé, alors aux ordres du pouvoir, Jean-Louis Borloo, viendra-t-il en personne inaugurer le futur bulletin météo agrémenté de l'"éco-geste" du jour ? On lui fera remarquer que les présentateurs météo, notamment Catherine Laborde sur TF1 et Patrice Drevet (**) sur France 2, n'ont pas attendu les instructions ministérielles pour prodiguer depuis longtemps aux téléspectateurs de sages conseils sur les économies d'énergie. Et, au fait, le ministre fera-t-il pour l'occasion amende honorable pour son aller-et-retour dans la journée au Groenland destiné à "vérifier" la fonte des glaces qui, même "compensé carbone", peut difficilement être considéré comme un "éco-geste" exemplaire ?

(*) voir les écobilans comparatifs réalisés par l'Ademe entre les sacs plastiques, les sacs papier et les sacs biodégradables à base de matières végétales comme le maïs, www.ademe.fr/htdocs/actualite/rapport_carrefour_post_revue_critique_v4.pdf 

(**) Patrice Drevet vient de publier un excellent livre très bien documenté :
« La planète se réchauffe ! : Comprendre pour mieux lutter » (éditions du Chêne)

Ce texte a paru sous une forme très légèrement différente sur le site des JNE.

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