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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 14:49

Nous avons appris avec tristesse le décès le 14 décembre, à l’âge de 87 ans, de la scientifique américaine Theo Colborn. Cette chercheuse avait été l’une de toutes premières à étudier les effets des perturbateurs endocriniens, d’abord sur les animaux, puis sur les êtres humains, avant de se trouver en pointe ces dernières années dans la dénonciation des conséquences sur la santé des produits chimiques employés pour l’extraction des gaz de schiste.

 

Regrettons qu'en France, seuls quelques passionnés des liens santé/environnement comme Fabrice Nicolino (sur son blog), François Veillerette (dans Politis), Denis Sergent (dans la Croix), Stéphane Horel et Marine Jobert (dans le Journal de l'Environnement), Stéphane Foucart (dans le Monde) ou l'animateur de ce blog (sur le site Media Peps) aient salué son oeuvre scientifique et son action militante.

 

En avril 2011, la lettre Options Futurs lui avait consacré un portrait signé Laurent Samuel, que vous trouverez ci-dessous. Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille et à ses proches.

 

Aux États-Unis, elle est aussi célèbre que Rachel Carson, auteur du « Printemps Silencieux », ou Erin Brockovich, pasionaria de la lutte contre la pollution chimique, immortalisée en 2000 dans le film éponyme de Steven Soderbergh sous les traits de Julia Roberts. En revanche, le nom de Theo (abrégé de Theodora) Colborn reste inconnu dans notre pays, en dehors du petit monde des spécialistes de la santé environnementale. Pourtant, son travail scientifique et militant est considérable, ce qui vaut à cette chercheuse, aujourd’hui âgée de 83 ans, de recevoir la médaille du Muséum National d’Histoire Naturelle à l’occasion d’un colloque sur « Perturbateurs endocriniens et Biodiversité » organisé par le Réseau Environnement et Santé et le WWF à Paris le 28 avril 2011.


Ce rendez-vous est un hommage à son œuvre, consacrée aux effets des produits chimiques sur la santé et l’environnement. Et surtout aux perturbateurs endocriniens, qui prennent la place des hormones dans notre corps. Pourtant, rien ne prédestinait cette petite dame frêle mais énergique à devenir l’une des scientifiques les plus cotées d’Amérique. Jusqu’à l’âge de 50 ans, Theo Colborn est pharmacienne dans le Colorado, tandis que son époux y gère un ranch. C’est en constatant les ravages causés par les industries minières dans les Montagnes Rocheuses qu’elle décide de reprendre des études d’écologie et de zoologie. En 1988, elle publie une étude retentissante sur les Grands lacs américains, qui établit un lien entre des taux élevés de produits comme le DDT ou les PCB et des atteintes aux organes reproducteurs des poissons et des oiseaux, dont le bald eagle (pygargue à tête blanche), emblème des États-Unis.
Theo Colborn rejoint alors le WWF américain, où elle crée et dirige un programme sur la faune sauvage et les contaminants chimiques. Il en sort un manifeste qui lance l’alerte sur ce sujet alors peu connu, l’Appel de Wingspread (du nom du centre de conférences), et l’expression « perturbateurs endocriniens ». Si le débat est lancé chez les scientifiques, il faut attendre 1996 pour que Theo Colborn touche le grand public grâce au livre « Our Stolen Future » (notre futur volé), co-écrit avec Dianne Dumanoski et John Peter Meyers. Bénéficiant d’une préface d’Al Gore, alors Vice-président des États-Unis, et d’un sous-titre choc (« comment nous mettons en danger notre fertilité, notre intelligence et notre survie »), cet ouvrage obtient un vif succès. Mais si l’opinion américaine prend conscience, le sujet reste tabou en France. En 1998, la traduction d’« Our Stolen Future » aux éditions Terre Vivante, sous le titre « L’homme en voie de disparition ? », se heurte à une indifférence quasi-totale.

 

 

Aujourd’hui, Theo Colborn préside une ONG consacrée aux perturbateurs endocriniens : TEDX (The Endocrine Disruption Exchange). C’est à ce titre qu’elle se trouve en pointe dans le combat contre l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis. Pendant des mois, Theo Colborn a mené une véritable enquête policière pour dresser la liste (tenue secrète par les industriels) des produits chimiques utilisés pour l’extraction. Cela lui a permis d’identifier 353 substances, dont elle a recherché les effets sur la santé. Selon ses conclusions, publiées en 2010 dans la revue « International Journal of Human and Ecological Risk Assessment », un tiers de ces produits sont des perturbateurs endocriniens et un quart sont cancérigènes. Un travail titanesque qui montre que, pour Theo Colborn, l’heure de la retraite n’a pas sonné !

 

Cet article a été publié sur le site Media Peps.

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