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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 15:58

Cette recension est parue sur le site des JNE.

 

Chaque seconde, 24 m2 – soit la surface d’un studio – de terres fertiles disparaissent dans notre pays. Selon les régions, le taux de matière organique dans les sols a été divisé par 2 ou 3 depuis la Seconde Guerre Mondiale. Ce livre très documenté dresse un sombre bilan de l’état des sols français. Pourtant, Frédéric Denhez se refuse au catastrophisme : contrairement à ce que martèlent Claude et Lydie Bourguignon, ces agronomes en rupture d’Inra qui furent parmi les premiers lanceurs d’alerte sur le sujet, nos sols, s’ils vont mal, ne sont en aucun cas « quasi morts ».

L’auteur se penche sur les causes de cette triste évolution, liées à l’évidence à l’agriculture industrielle et productiviste, mais aussi à l’étalement urbain et à la « bétonnisation » du territoire. Il évoque les premières alertes sur la destruction des sols lors du « Dust Bowl » aux Etats-Unis dans les années 20/30, racontée entre autres par John Steinbeck dans « Les Raisins de la colère » et par Bruce Springsteen (orthographié Spingsteen, mais que font les correcteurs chez Flammarion ?) dans son album « The Ghost of Tom Joad ». En revanche, les cris d’alarme sur la disparition de l’humus lancés dès le début du XXe siècle par des précurseurs du bio comme Rudolf Steiner ou Sir Albert Howard sont passés sous silence.

Refusant toute attitude défaitiste et s’appuyant sur de nombreux exemples concrets piochés aux quatre coins de la France, Frédéric Denhez nous convainc dans la deuxième partie de son livre que la nécessité de prendre enfin soin de nos sols est d’ores et déjà en train de donner naissance à une nouvelle agriculture, basée sur le « zéro labour », ou du moins sur des labours moins profonds, et sur une réduction drastique de l’emploi des engrais et pesticides qui épuisent la terre. S’il énervera les tenants du « tout bio » autant que ceux du « zéro carbone » (qui peut parfaitement se marier avec l’agriculture industrielle), cet ouvrage a l’immense mérite de nous montrer que, dans les marges et au-delà des étiquettes, une nouvelle révolution agricole est à l’œuvre.


Éditions Flammarion, 212 pages, 14 € – editions.flammarion.com
Site de Frédéric Denhez : fdenhez.perso.neuf.fr

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