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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 09:54

Ce livre nous plonge dans un univers qui semblera étrange aux nouvelles générations : celui de la naissance de l’écologie en France, au début des années 1970. Céline Pessis, jeune chercheuse qui n’a pas connu cette époque, nous retrace avec minutie la création, l’essor et l’auto-dissolution de l’un des premiers mouvements d’écologie politique dans notre pays : Survivre et Vivre.

Étonnamment, ce groupe a été fondé par des mathématiciens, sous l’impulsion d’un génie atypique, Alexandre Grothendieck. Ces chercheurs (parmi lesquels figure aussi Pierre Samuel, père de l’auteur de ces lignes) vont contribuer à placer le thème de l’(auto) critique de la science – ou plus précisément du « scientisme » – au cœur des préoccupations du mouvement écologiste naissant. Les animateurs de Survivre (nom originel de l’association, devenu Survivre et Vivre après avoir critiqué pour catastrophisme…) jouent un rôle important dans le démarrage de la contestation antinucléaire en France. Au sein de ce groupe rétif à toute hiérarchie, se rassemblent pêle-mêle pacifistes, partisans du bio et des médecines naturelles, libertaires, communautaires, ethnologues en rupture (avec la grande figure de Robert Jaulin) et autres soixante-huitards. Un mélange « détonant » qui se traduira par des tensions internes croissantes, le retrait de Grothendieck et l’auto-dissolution du mouvement en 1975.

Pour réaliser ce livre, Céline Pessis s’est fondée sur une analyse du périodique publié par l’association (qui atteindra les 10 000 exemplaires), et sur des entretiens avec des anciens de Survivre. Son historique est enrichi par une riche sélection de textes issus du mouvement (dont l’un est signé de l’auteur de ces lignes), de nombreux dessins et les témoignages de quatre « survivants » (Daniel Caniou, Jérôme Manuceau, Jean-François Pressicaud, Jean-Paul Malrieu) qui expliquent de quelle façon leur engagement de l’époque a marqué leur vie.


Éditions L’échappée, 480 pages, 25 € – www.lechappee.org

 

Cette critique est parue sur le site des JNE.

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