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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 22:56

Beaucoup de lecteurs de seront sans doute étonnés de voir Cavanna, décédé le 29 janvier dernier à l'âge de 90 ans, classé parmi les précurseurs de l'écologie en France.

Il faut dire que cette personnalité atypique est surtout connue comme le fondateur – avec Georges Bernier, alias le Professeur Choron - de deux publications qui ont marqué l'histoire de la presse française et de la lutte contre la censure et pour la liberté d'expression : Hara Kiri (créé en 1960) et L'Hebdo Hara Kiri (lancé en 1968), que son interdiction suite à la couverture Bal tragique à Colombey : un mort conduisit à sa renaissance sous le titre Charlie Hebdo fin 1970. Nombre de Français se souviennent aussi de Cavanna comme de l'auteur de très beaux romans, impeccablement écrits, comme les Ritals ou les Russkofs.

 

Les lecteurs attentifs et réguliers de Charlie Hebdo - dans lequel il continuait à tenir sa chronique hebdomadaire malgré la maladie de Parkinson qui l'avait atteint – n'auront pas oublié ses coups de gueule contre la chasse et les corridas. Le numéro spécial que Charlie consacre à Cavanna republie ainsi un texte (remontant probablement aux années 70) titré « la gloire du taureau », dans lequel sa plume acérée s'en prend au journaliste et écrivain Jean Lacouture, qui tenait à l'époque la rubrique tauromachique dans « le Monde ». De même, Cavanna soutint les combats des associations anti-chasse, et pesa de tout son poids pour que la défense animale ait droit dans Charlie à sa rubrique hebdomadaire, tenue jadis par Paule Drouault (« l'emmerdeuse ») et aujourd'hui par Luce Lapin. On pourrait en rester là et conclure que Cavanna était un ami des bêtes dès une époque où les droits des animaux et la lutte contre la souffrance animale n'étaient guère encore à l'ordre du jour, ce qui devrait déjà suffire à forcer notre respect.

 

Mais, dès le début des années 70, en réaction à qu'il percevait comme certains excès de son ami Pierre Fournier (chroniqueur à L'Hebdo Hara Kiri et Charlie Hebdo, puis fondateur de la Gueule Ouverte avant sa mort en 1973), Cavanna avait aussi et surtout développé toute une réflexion en faveur d'une écologie « scientifique ». Il écrivait : « La science consiste à essayer de savoir. Un point c'est tout. Mais ça en fait l'activité humaine numéro un. » Dans un texte titré « Ecologie contre science », republié dans le numéro spécial de Charlie, Cavanna nous mettait en garde : « Si le mouvement écologique ne s'appuie pas sur la science, il est foutu », pointant le risque de sa transformation en « un gros mouvement de masse exigeant tout, tout de suite, à tout prix ». Pour autant, il ne confondait pas le science avec ses applications technologiques souvent catastrophiques, et fut un anti-nucléaire de la première heure.

 

Dans sa rubrique du 5 février 2014, Antonio Fischetti, chroniqueur scientifique de Charlie Hebdo, n'a donc pas tort de présenter Cavanna comme un « pionnier de l'écologie ». Bien sûr, on n'était pas forcés de partager toutes ses idées fixes, comme sa campagne « Stop crève » pour que les scientifiques nous rendent immortels, ou son engagement en faveur de la mise au point d'une viande artificielle afin d'éviter la souffrance animale. Mais on doit tirer notre chapeau à la mémoire de cet homme immensément généreux qui, malgré ses désaccords de fond avec Fournier, porta (avec Bernier) sur les fonds baptismaux le premier mensuel écologiste français, la Gueule Ouverte.

 

A lire : Charlie Hebdo n° 1129, 5 février 2014 : Cavanna spécial Père Lachaise

 

Cet article a été publié dans la lettre Options Futurs N° 23.

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commentaires

simple-touriste 11/01/2015 20:40

En quoi le nucléaire est une "application catastrophique"?